Zdnet

PC Light, un (tout petit) FAI qui dessert les zones blanches de l’Yonne

Sommaire : La fédération FDN regroupe des FAI associatifs, opérant dans de grandes métropoles comme en zone rurales. Exemple avec PC Light, qui raccorde à Internet les zones blanches du département de l’Yonne.

La fédération FDN – French Data Network – regroupe des fournisseurs d’accès Internet associatifs, certains opérant dans de grandes métropoles tandis que d’autres sont actifs en zones rurales. Peu connus, ces acteurs de l’Internet font un travail de terrain, non seulement pour apporter Internet à des territoires mal desservis mais aussi en formant leurs utilisateurs-adhérents et endéfendant certaines valeurs, dont la neutralité de l’Internet.


680937055257a680
J’ai découvert PC Light, une toute petite association de quelques dizaines de membres seulement, qui raccorde à Internet les zones blanches du département de l’Yonne : pour mieux comprendre ce qu’était un FAI associatif et comment il pouvait exister dans un univers ultra-concurrentiel où se battent des mastodontes comme Orange, SFR, Bouygues Telecom ou Free, j’ai posé quelques questions à Bruno Spiquel, un des membres actifs de cette association.


631654f05257a631
Qu’est-ce qui vous a poussé à créer PC Light ?

PC Light a une histoire qui dure depuis 15 ans. Comme son sigle ne l’indique pas, le véritable nom de l’association est « association pour le développement des nouvelles technologies en milieu rural« .

Depuis 15 années, elle travaille à résorber la fracture numérique du coté des compétences de chacun, en lien avec les structures scolaires, les MJC, les communes, etc.

Je n’ai rejoint l’association que très dernièrement (fin 2012) et il s’est trouvé que je disposais des compétences manquantes pour concrétiser un projet qui plaisait aux bénévoles déjà en place : créer un fournisseur d’accès.

Combien d’adhérents compte aujourd’hui PC Light, et quel est son budget annuel ?

Nous avons une quarantaine d’adhérents, dont la moitié sont des utilisateurs de la solution d’accès à internet. Le budget annuel est relativement difficile à estimer, mais nous avons tablé, lors de l’assemblée générale de septembre, sur un budget de 15 k€ pour la saison 2013/2014, avec l’objectif modeste d’atteindre 50 connectés l’été prochain.

Sur l’Yonne existent des offres de FAI commerciaux : en quoi êtes-vous complémentaire et qui sont vos utilisateurs ?

Les autres FAI sont nationaux, et non pas spécifiques à l’Yonne. L’aspect local, fortement lié au statut associatif, est donc notre première différence. Du coté de la complémentarité, c’est relativement simple : nous allons là ou personne ne va, ou en tout cas, ou personne ne propose quoi que ce soit d’utilisable pour un usage normal d’Internet.

Du coup, même si ce n’est pas très bon pour notre égo, nos adhérents sont surtout des gens qui n’ont pas le choix. Beaucoup ne sont pas (encore ?) sensibles au côté associatif de la chose, mais on ne peut pas vraiment leur en vouloir. Nous avons bon espoir d’en convertir un certain nombre au fil du temps.

Qu’est ce qui vous a motivé à apporter l’Internet aux « zones blanches » de l’Yonne ?

Nous pouvions le faire, nous avions le temps pour le faire, nous avions les compétences pour le faire… Donc pourquoi se priver ? C’est également un moyen hors pair de stimuler le débat public sur la question du numérique et de se poser en conseil alternatif pour les politiques qui n’entendent que des lobbyistes à longueur de temps.

A-t-il été facile de convaincre les élus locaux de vous faire confiance ?

C’est très dépendant des personnes, de la taille de leur zone, et de la situation des habitants. Nous avons eu des discussions cordiales avec des députés et des personnes du conseil général mais elle n’ont mené à rien. A contrario, la solidarité politique entre petits villages voisins dont un est bien équipé en ADSL et pas l’autre a fait des miracles. En bref, il est plus facile de convaincre le maire d’une commune où même le ReADSL ne fonctionne pas qu’un député.

Dans l’ensemble, la méfiance était la première réaction, mais nous nous y attendions : proposer une solution d’accès haut débit qui ne coûte rien à la collectivité alors qu’Orange affirme depuis des années que ça coûte au bas mot 200 k€, forcément, ça n’inspire pas confiance tout de suite.

Obtenir le statut d’opérateur FAI et satisfaire aux obligations édictées par l’ARCEP, ce n’est pas trop compliqué pour une association ?

C’est trois cases à cocher en ligne et un papier à renvoyer chaque année pour dire qu’on n’a pas fait 1 million d’euro de chiffre d’affaires. Il faut ensuite être capable de dire qui paie pour utiliser quelle adresse IP, en cas de réquisition judiciaire. En un mot, c’est moins compliqué que d’ouvrir un compte en banque.

Allez-vous prochainement desservir d’autres zones rurales de l’Yonne ? Quid des départements voisins ?

Le réseau s’étend petit à petit, nous ouvrons de nouveaux liens chaque semaine. Pour ce qui est des départements voisins, c’est plus compliqué : il faut se déplacer et nous n’avons pas vocation à devenir un FAI national ni même régional, c’est intenable avec un statut associatif.

C’est justement la raison d’être de la Fédération FDN qui rassemble les fournisseurs d’accès associatifs. Il est plus simple pour nous d’aller passer quelques jours ailleurs pour expliquer à des gens motivés comment reproduire le principe que de nous en occuper nous-mêmes.

Quelle est l’attitude des grand opérateurs commerciaux vis-à-vis de PC Light ?

Je ne suis pas certain que nous existions pour eux. Mais ça pourrait changer, si on se met au très haut débit. Ce qui est prévu pour 2014 si tout va bien 🙂

Comment voyez-vous PC Light dans 5 ans ?

J’imagine dans 5 ans une association de 150 ou 200 membres qui aura impulsé la création d’autres associations du même genre en Bourgogne et participé à l’éclosion d’autant d’initiatives que nécessaire, partout en France et à l’étranger : nous avons été contactés dernièrement pour des projets du coté de la Polynésie et aussi au Burkina Faso.

Pour illustrer ce qu’est concrètement PC Light, voici une carte schématique de son réseau :

b4f969885257ab4f

Voilà comment PC Light dessert la zone Joigny – Seignelay – Taingy – Auxerre :

b13b6e315257ab13

aa5325705257aaa5

Enfin ceci est un pylône utilisé par PC Light pour installer ses antennes radio :

Voir aussi, pour compléter l’information sur PC Light :

Merci à Bruno Spiquel d’avoir répondu à nos questions, nous montrant très concrètement comment l’Internet se développe aussi en dehors des grands circuits commerciaux, grâce à la bonne volonté de bénévoles qui consacrent un peu de leur temps.

Je signale au passage que des associations lyonnaises organisent jeudi 17 octobre à la Maison pour tous / salle des Rancy  du 3ème arrondissement une table ronde sur le thème « Internet et Biens Communs » à laquelle je participerai en compagnie d’acteurs lyonnais de l’Internet : cela débutera à 19 h 30 et j’y invite cordialement tous mes lecteurs de l’agglomération lyonnaise que j’aurai plaisir à rencontrer à cette occasion !

@PierreCol